AUDIO

Synthese de 2010-03-12
 
08.10.04 - TPIR/SEROMBA - L'ABBE SEROMBA AURAIT « LIVRE » UN ENSEIGNANT TUTSI AUX GENDARMES Version imprimable Suggérer par mail

Arusha, le 7 octobre 2004 (FH) ­ Un témoin du parquet a affirmé jeudi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) que l’ancien curé de la paroisse de Nyange (préfecture Kibuye, ouest du Rwanda), l'abbé Athanase Seromba, avait « livré » un enseignant tutsi aux gendarmes pendant le génocide de 1994.

Le témoin codé « CBT » a précisé que la victime s'appelait Anatole Gatare.

« Seromba l’a remis à trois gendarmes en le bousculant.», a allégué le témoin. « Un des gendarmes a tiré dans ses côtes et il est tombé mort», a-t-il poursuivi, situant l’incident le 15 avril 1994. Environ 2.000 Tutsis s'étaient réfugiés à la paroisse de Nyange pendant le génocide.

Après la mise à mort de Gatare, un des assaillants hutus qui avaient attaqué l'église se serait écrié en disant que :« le roi des Tutsis était mort ». D’après CBT, les autorités locales avaient demandé aux miliciens « d’aller combattre les Inyenzi (Tutsis)».

Poursuivi pour génocide et crimes contre l’humanité, l'abbé Seromba est accusé de massacres de Tutsis à la paroisse de Nyange.Il plaide non coupable.

CBT a affirmé que lorsqu’il était arrivé à la paroisse le 15 avril, il avait vu « plus ou moins six cent cadavres » qui gisaient sur le sol à l’intérieur de la cour.

Contradictions

Lors du contre-interrogatoire, CBT a modifié ses propos et déclaré qu’en sortant Gatare du presbytère, Athanase Seromba l’avait dirigé vers ses bourreaux sans le toucher. Le co-conseil de Seromba,Me Patrice Monthe (Cameroun), a relevé cette contradiction.

L’avocat a par ailleurs fait remarquer qu’il n’est mentionné nulle part dans la déclaration écrite du témoin que Gatare était considéré comme « roi des Tutsis ». « Il s’agit d’un détail non important dont je me suis rappelé ici, devant la Cour », s’est défendu CBT. Le défenseur lui a signifié que la mort d’un roi n'est pas un détail.

Autre contradiction relevée par Me Monthe : CBT affirme dans sa déclaration écrite qu’il était arrivé à l’église « à pied », alors qu’il s’y serait rendu « en voiture »,selon son témoignage sous serment.

Le procès Seromba, qui a commencé le 20 septembre, se déroule devant une chambre présidée par la juge sénégalaise Andrésia Vaz, assistée des juges burkinabé Gustave Kam et suédoise Karin Hökborg. C'est le premier prêtre catholique à comparaître devant le TPIR, qui en détient deux autres.

GA/GF/FH (SB’’1007A)