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03.02.05 - TPIR/MILITAIRES II - LA DEFENSE QUALIFIE UN TEMOIN DU PARQUET DE «MENTEUR PATENTE» Version imprimable Suggérer par mail

Arusha, le 2 février 2005 (FH) - La défense de l’ancien chef d’Etat major de l’armée rwandaise, le général Augustin Bizimungu a qualifié un témoin à charge de «menteur effronté et patenté» mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Le témoin protégé «GFU», qui dépose depuis la semaine dernière, a impliqué le général rwandais dans un massacre de Tutsis à Ruhengeri (nord du Rwanda) en avril 1994.

Détenu lui-même au Rwanda pour des crimes de génocide commis à Ruhengeri, GFU a avoué avoir menti aux autorités judiciaires de son pays avant de décider «de dire toute la vérité».

Le co-conseil canadien de Bizimungu, Me Ronnie McDonald, qui mène le contre- interrogatoire de ce témoin depuis lundi dernier lui a plusieurs fois reproché de justifier ses «mensonges» et ses «contradictions» par le fait d’avoir changé son plaidoyer. Il avait d’abord plaidé non coupable.

GFU a été condamné à 14 ans de prison par la justice rwandaise. Il a expliqué qu’il aurait pu «être fusillé» s’il n’avait pas compris «le bien fondé du plaidoyer de culpabilité».

«Vous mentez depuis le début parce que vous avez un avantage à tirer de votre témoignage», a suggéré l’avocat. «Vous mentez systématiquement tant aux autorités du Rwanda qu’aux enquêteurs du TPIR, et devant cette chambre», a-t-il insisté.

Me McDonald s’étonne notamment que GFU n’ait cité son client qu’à sa quatrième déclaration en 2003, «soit neuf ans après les événements». «Je ne donnais que la version partielle des faits, et je ne voulais pas admettre ma part de responsabilité», s’est-il justifié.

Plusieurs témoins ont reconnu devant le TPIR avoir dit des mensonges devant les autorités rwandaises «pour sauver (leur) peau».

«Un témoin ayant avoué un mensonge devant une cour de justice, que ce soit au Rwanda ou ailleurs, ne devrait pas être autorisé à comparaître devant ce tribunal», a pour sa part estimé Me Fabien Segatwa, contacté par Hirondelle. L’avocat burundais, qui défend le capitaine Innocent Sagahutu, un de trois coaccusés de Bizimungu, a qualifié cette situation de «regrettable».

Le règlement du TPIR stipule que «si elle a de bonnes raisons de croire qu’un témoin a sciemment et délibérément fait un faux témoignage, la chambre peut donner instruction au procureur d’examiner l’affaire en vue d’établir et de présenter un acte d’accusation pour faux témoignage».

La sanction peut aller jusqu’à une amende de 10.000 dollars ou une année de prison. Le Tribunal peut également cumuler les deux.

Bizimungu et Sagahutu comparaissent avec l’ex-chef d’Etat major de la gendarmerie, le général Augustin Ndindiliyimana et l’ancien commandant du bataillon de reconnaissance, le major François- Xavier Nzuwonemeye. Sagahutu était l’adjoint de Nzuwonemeye en 1994.

Les hauts gradés sont poursuivis pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ils plaident non coupable.

Ouvert sur le fond le 20 septembre 2004, ce procès communément appelé «Militaires II» est l’un des plus importants en cours au TPIR. Le procureur en est à son septième témoin.

Le contre-interrogatoire de GFU se poursuivra jeudi.

GA/AT/GF/FH (ML II’’’0202A)